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Est-il décent pour le CEO d'une marque de montres de multiplier son salaire par 2
 
Le 05-07-2018
de Business Montres & Joaillerie

Est-il décent pour le CEO d'une marque de montres de multiplier son salaire par 2 et de n’accorder que… 2 % d’augmentation à ses collaborateurs ?

Question de « décence commune », au sens où l’entendait George Orwell : même s’il y a d’excellentes justifications économiques au doublement de la rémunération d’un dirigeant, il y a aussi des considérations éthiques qui devraient l’emporter sur la pure rationalité contractuelle…

Bien entendu, il ne s’agit pas strictement de « salaire » (comme annoncé dans le titre), mais d’une « rémunération » globale, qui va faire cette année de Cyrille Vigneron (le patron de Cartier) le haut dirigeant le mieux payé de tout le groupe Richemont, avec 6 millions de francs dans son escarcelle. Mieux que son actionnaire, Johann Rupert (président du conseil d’administration et co-copropriétaire de référence du groupe de luxe), qui n’encaissera que 3,1 millions de francs.

Mieux que Jérôme Lambert, qui dirige toutes les opérations du groupe (hors Cartier et Van Cleef & Arpels), qui ne touchera que 4,9 millions. Mieux que Nicolas Bos (le patron de Van Cleef & Arpels), dont le succès sera rétribué à hauteur de 4,6 millions de francs. Les « malheureux » administrateurs du groupe n’auront qu’une douzaine de millions à se partager, Richard Lepeu (l’ancien directeur général du groupe) devant se contenter d’à peu près 4,5 millions [le tiers de sa rémunération précédente au sommet de la hiérarchie Richemont]…

Merci pour eux, tant mieux pour eux et bravo à Cyrille Vigneron, dont on doit admettre qu’il a négocié avec brio son contrat de retour dans le groupe Richemont, qui était allé le débaucher au Japon, où il dirigeait le groupe LVMH : ce contrat [qu’on pourra juger imprudemment négocié par l’ancien état-major du groupe] prévoyant une rémunération indexée sur les profits de Cartier, il était fatal que la rémunération de Cyrille Vigneron explose et passe donc de trois à six millions…

Ce qui est choquant, ce n’est pas en soi le montant élevé de cette rémunération [à partir du moment où un dirigeant fait gagner des centaines de millions à son actionnaire, il a bien droit à un solide bonus], c’est que, au moment où il multiplie ce qu’il touche par deux, Cyrille Vigneron annonce à ses salariés qu’ils bénéficieront d’une hausse de salaire annuel de l’ordre de… 2 % en 2018. Au regard de la morale la plus élémentaire et d’un sentiment assez sommaire d’équité, c’est proprement choquant : deux et deux ne font pas quatre ! C’est une faute majeure qui ne peut que détruire la confiance entre un chef et ses troupes. C’est surtout un furieux coup de canif dans cette « décence commune » (common decency) qui devrait être la clé de voûte des principes de bonne gouvernance d’un groupe comme Richemont. Sur le papier, cette rémunération est justifiée. Dans le contexte précis de la marque, c’est injustifiable. Allo, Johann, pourquoi tu tousses ?

 



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