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Montres : tout ce qu'il faut savoir sur les ventes aux enchères
 
Le 10-01-2019
de SOJH® - News des ventes aux enchères

Le commissaire-priseur François Tajan fait le point sur les enchères horlogères et les montres de collection.

Il est aux antipodes de l’idée que l’on se fait d’un commissaire-priseur. Surconnecté, à contre-courant de ses concurrents, François Tajan s’est immédiatement réjoui de l’arrivée d’eBay dans le monde des enchères à la fin des années 1990. Cet ancien rockeur amateur, aujourd’hui président délégué d’Artcurial, a réussi à faire d’un métier poussiéreux à la clientèle septuagénaire franco-bourgeoise, une activité « phygitale » dont 90 % des acheteurs sont des étrangers de moins de 40 ans.

Qu’est-ce qu’une montre de collection ?

C’est une notion en perpétuel mouvement. Lorsque mon père exerçait ce métier, cela concernait essentiellement les montres de poche. Aujourd’hui, certes, on collectionne les Rolex et les Patek des années 1970, mais on s’intéresse également à certaines montres des années 2000 ! Prenez l’Ikepod que je porte. C’est une montre dessinée par Marc Newson à la fin des années 1990. La marque ayant connu des fortunes diverses, sa production n’a duré que très peu de temps. Or, c’est une montre mécanique, qui a près de 20 ans et qui est signée d’un grand nom du design. Elle peut parfaitement entrer un jour dans un de nos catalogues et intéresser un collectionneur fan de Jonathan Ive.

À quoi ressemblent les collectionneurs d’aujourd’hui ?

C’est assez disparate et réside ici sans doute l’une des grandes vertus de l’Internet, car elle a permis au plus grand nombre de s’intéresser à nos ventes. ­Historiquement, les enchères, avec leur décorum, demeuraient intimidantes et semblaient réservées à une clientèle élitiste. Or aujourd’hui, tout le monde peut enchérir en ligne, de 1 euro à 1 million, sans se sentir observé. Cet anonymat derrière l’écran a permis à une nouvelle population de se familiariser avec le principe, pour venir ensuite assister physiquement aux ventes. Nous avons eu ainsi quinze nationalités différentes lors de notre dernière vacation. Nos clients sont plus jeunes, moins prévisibles et plus sollicités que ceux de nos pères. Il faut donc sans cesse proposer des ventes qui correspondent à leurs goûts, mais aussi qui « buzzent » pour qu’ils aient envie d’en être. C’est également pour cela que j’ai instauré le principe de curation de nos ventes par des acteurs du monde de la mode ou de celui de l’art, par exemple.

Qu’est-ce que les ventes disent sur nous ?

Les ventes sont le reflet de l’époque. De la même façon que la mode se réjouit de mélanger les genres et les styles, nos acheteurs prennent un malin ­plaisir à brouiller les pistes en collectionnant des montres qu’a priori rien ne rassemble. C’est là que notre métier devient passionnant. On peut vendre à la même ­personne une Vacheron Constantin ­ultra-plate des années 1950, une Rolex Daytona des années 1960, une Patek Philippe des années 1970, une Audemars Piguet des années 1980, et ainsi de suite jusqu’à une Richard Mille du début 2000. Ces slashers de l’horlogerie aiment toutes ces montres pour des raisons différentes et ne veulent pas être enfermés dans un carcan. À noter également la discrète montée en puissance de collectionneuses féminines, qui peuvent craquer pour une montre, des bijoux et un sac à main, et démontrent que ces nouveaux profils n’ont aucune règle : en juillet dernier, l’une d’elles a acquis dans la même semaine un Birkin Hermès vintage, une Patek Philippe pour homme récente et une manchette Bulgari des années 1980.

Il n’y a plus de critères prédéfinis du bon goût ?

C’est la fin du « beau » institutionnel. Aujourd’hui, chacun a sa vision du beau. Je compare cela avec le mobilier car avant, on vendait aux enchères du « beau ­mobilier » tel qu’on l’imaginait à Versailles. Or aujourd’hui, le beau mobilier, c’est Perriand et Prouvé, que l’on considérait comme « moche et utilitaire » il y a vingt ans. Donc en horlogerie, les belles montres fines, aux nobles matériaux et grandes complications ne sont pas celles qui intéressent exclusivement les nouveaux acheteurs. Ce profil de montre, c’est un peu le mobilier Versailles dont je parlais.

Les acheteurs d’aujourd’hui s’intéressent beaucoup plus à des montres statutaires par leur réputation qu’à leur valeur intrinsèque. Prenez l’exemple des Daytona Paul Newman – il s’agit d’un chronographe de grande série en acier qui n’intéressait pas grand monde il y a encore vingt ans. Aujourd’hui, on se les arrache à coups de millions. Ce que nos clients recherchent dans ce cas, c’est autant un symbole de coolitude et d’histoire récente qu’un signe extérieur de puissance. Comme pour le mobilier Perriand ou Prouvé dont nous parlions tout à l’heure : ils sont devenus des marqueurs transfrontaliers d’un niveau de vie, une autre marque de la mondialisation.

Au-delà des montres, que collectionnera-t-on demain ?

Peut-être des drones vintage ! Difficile à dire. Historiquement, les maisons vendaient des pièces et des timbres de collection. Aujourd’hui, cela a totalement disparu de nos catalogues. En revanche, personne ne s’intéressait il y a encore dix ans aux planches de BD, alors qu’aujourd’hui, certaines matrices valent le prix de tableaux de maître. Nous avons récemment vendu une planche de Tintin près de 2,5 millions d’euros ! C’est tout le sel de notre métier. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Le disque vinyle aussi avait disparu, il est de nouveau prisé… Notre rôle reste donc d’être en prise avec l’époque et ses envies pour imaginer les ventes de demain. Une certitude cependant, c’est que la culture des arts historiques perd du terrain au profit de la pop culture, plus abordable intellectuellement. C’est ce qui explique en partie l’explosion de l’art ou du mobilier contemporain. Et sauf à ce que ­subitement les générations futures s’intéressent de façon massive à la culture classique, je ne vois pas pourquoi la tendance s’inverserait.

par Nicolas Salomon
www.gqmagazine.fr

 



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