.
Actualités
Rubriques

Vente

Emploi

Contact

 



Comment Neuchâtel panse ses maux
 
Le 16-01-2019

Les années d’un développement économique basé sur l’implantation d’entreprises étrangères sont révolues. Critiqué après les départs de plusieurs multinationales, doublés de crises des exportations, le canton veut renforcer son tissu local

Il est le pionnier de la promotion économique, doté d’une loi favorisant – fiscalement en particulier – l’installation de groupes étrangers. Et ce dès la fin des années 1970, dans le sillage de la crise horlogère. Neuchâtel a aussi été le premier canton à régler la question de la fiscalité des entreprises début 2012, bien avant la RIE III et son échec en votation fédérale en 2017, faisant figure de bon élève. Sa nouvelle réforme de l’imposition prévoit une nouvelle baisse de la taxation des bénéfices de 15,6 à 13,4%. Reste que dans le discours des autorités neuchâteloises, cette croissance exogène semble aujourd’hui reléguée au second plan.

On ne parle d’ailleurs plus de promotion économique – «trop réducteur» – mais d’appui au développement économique, précise au Temps Jean-Kley Tullii, chef du Service neuchâtelois de l’économie (NECO), en commentant mardi le bilan du canton pour la période 2014-2017. «Notre périmètre d’action ne repose plus uniquement sur les implantations étrangères, mais se déploie selon plusieurs axes. Notamment le soutien à l’innovation et à l’internationalisation, qui visent au développement des entreprises déjà présentes sur le territoire», souligne celui qui a pris la tête du service il y a tout juste un an.

Sur les 15,4 millions de francs alloués à 163 sociétés pour la réalisation de 211 projets, 80% l’ont été au tissu local. Un exemple concret? La reprise d’une partie des activités de Biomet en 2013 par ses dirigeants. L’opération a débouché sur la création de Mediliant et le maintien d’une quarantaine de postes – 60 aujourd’hui – sur 250, relève Jean-Kley Tullii, sans donner le montant du cautionnement octroyé.

Des centaines d’emplois perdus

C’est que le canton a payé le prix fort de sa stratégie de croissance menée à coups de rabais, voire d’exemptions fiscales: les départs fracassants de plusieurs grandes entreprises étrangères, dont Medtronic et plus récemment Autodesk, ont entraîné la perte de plusieurs centaines d’emplois dans la région. Le rachat en début d’année du groupe pharma Celgene par le groupe américain BMS (Bristol-Myers Squibb) jette une nouvelle incertitude quant au sort de ses 700 employés dans le canton (sur 7000 dans le monde). Il survient peu après celui de Shire (ex-Baxter), 600 emplois, par le japonais Takeda.

Neuchâtel compte plusieurs autres gros employeurs étrangers, notamment Johnson & Johnson (un millier de postes) ou encore le premier cigarettier mondial, Philip Morris, qui possède dans la région son principal centre de recherche (430 postes). «Nous évaluons bien sûr les risques, nous nous efforçons aussi d’ancrer ces sociétés», note Jean-Kley Tullii.

En parallèle, le chef de l’économie dit miser d’une part sur les acteurs locaux et sur la relève, citant le bassin de compétences acquis à travers les différents instituts de formation et de recherche, ainsi que les organismes de soutien à l’innovation (Microcity, InnovArc, etc.). Le NECO a soutenu 57 jeunes entreprises pour un montant total de plus de 4 millions de francs.

Diversifier l’écosystème

D’autre part, le canton cherche à diversifier son tissu économique, qui dépend encore pour une large part de l’horlogerie (environ 18% de son PIB), note celui qui est pourtant l’ex-patron des montres Cartier «L’arrivée de Bity en 2014 fait partie des dernières implantations marquantes: avec elle démarre la constitution d’un écosystème de la technologie de la blockchain dans notre région.» La société de trading de cryptomonnaies, cofondée par Alexis Roussel, compte aujourd’hui une quarantaine de collaborateurs. C’est aussi une manière de s’ouvrir au secteur tertiaire, puisque l’industrie représente encore 40% du PIB neuchâtelois. Une particularité qui renforce encore son exposition aux cycles conjoncturels.

Sur le front de l’emploi, ce processus de croissance plus organique a débouché sur la création de 757 postes planifiés à cinq ans, note le rapport. Jean-Kley Tullii aime à rappeler que si Neuchâtel est le canton avec le taux de chômage le plus élevé de Suisse – 4,1% en décembre, contre 2,7% au niveau national – il est aussi celui qui en variation annuelle a connu la plus forte baisse (-1,5 point).

Reste à améliorer les conditions-cadres, notamment la disponibilité de terrains à bâtir et l’imposition des personnes physiques – Neuchâtel est encore souvent qualifié d’enfer fiscal, poussant les contribuables à l’exode et privant le canton d’importants revenus. «Les réformes en cours sur la fiscalité et l’aménagement du territoire vont contribuer à les améliorer», conclut Jean-Kley Tullii.

Rachel Richterich
LE TEMPS

 



Copyright © 2001 - 2019 Inter Group News All Rights Reserved