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Des diamants de synthèse pour enterrer l’extraction
 
Le 13-12-2018

De plus en plus de joailliers misent sur les diamants de laboratoire afin d’en finir avec des processus miniers polluants. A l’image de la marque française Courbet. Le coût énergétique de production peut toutefois être élevé

Manuel Mallen pianote sur son portable avant de tendre une photo. Une mine à ciel ouvert en plein milieu d’un lac canadien. «Vous en pensez quoi? Moi j’appelle ça la maladie de la peau de la terre.»

Cet ancien collaborateur de Piaget et Baume & Mercier a fondé en mai dernier sa propre marque de bijoux, Courbet, située au cœur de la place Vendôme parisienne. Sa particularité: elle ne s’approvisionne qu’en or recyclé et en diamants de synthèse, qu’elle qualifie «d’écologiques et éthiques». Des pierres produites en laboratoire qui ressemblent à s’y méprendre aux originales mais qui restent encore boudées par le monde du luxe.

La Tesla, l’électricité et les diamants

«Ma référence, c’est la génération de ma fille de 23 ans qui a une conscience écologique très développée, justifie Manuel Mallen, de passage mardi à la Galerie Kohler de Genève. Mais plus généralement aussi, toutes ces femmes qui veillent à l’impact sur l’environnement de ce qu’elles consomment.» L’extraction de pierres précieuses reste un processus polluant qui soumet les communautés locales à de fortes pressions, plaide Manuel Mallen. En particulier, pour les 15 à 20% de la production mondiale qui s’effectue encore de manière artisanale.

Pourtant, les diamants de synthèse sont produits par des machines très gourmandes en énergie. Une facture «30 à 35% plus élevée en dioxyde de carbone» que leurs homologues naturels, expliquait la semaine dernière au Temps Jean-Marc Lieberherr, président de l’association Diamond Producers Association (DPA), qui défend les intérêts des groupes miniers.

Manuel Mallen balaie la critique de la main en évoquant ses producteurs de la Silicon Valley qui s’approvisionnent en énergie solaire. «C’est le même réflexe qui pousse ceux qui tournent au gasoil à dire que l’électricité pollue», pique-t-il.

En finir avec la rareté

Celui qui déclare «immodestement vouloir faire de Courbet la Tesla de la joaillerie» rêve aussi de faire les premières pierres de synthèse françaises en avril prochain. Une unité de production est en cours de développement avec le CNRS, le centre de recherche français, pour un coût de quelque 1,5 à 2 millions d’euros. Il faudra toutefois attendre plusieurs années avant d’envisager une production industrielle, les rendements restant faibles.

Ces laboratoires ne risquent-ils pas d’en finir avec la rareté qui rend les diamants si précieux? L’argument a le don d’énerver Manuel Mallen. «On a extrait 177 millions de carats l’année dernière, 3,4 milliards en vingt ans», cite-t-il de tête. Pour lui, le conservatisme de la plupart des diamantaires peine à masquer les véritables enjeux. «Les marques ne pourraient se permettre de promouvoir les diamants de synthèse sans stigmatiser tout le reste de leur production.»

L’un des autres freins, c’est la traçabilité de ces pierres de laboratoire, quasiment indifférenciables des diamants naturels aux dires des spécialistes.

Cet automne, le sud-africain De Beers a toutefois pris le risque en lançant deux collections de pierres de synthèse à bas prix, soit cinq fois moins cher que le reste du marché. Pas de quoi inverser la tendance mondiale pour l’heure. Les diamants de laboratoire représentent 3% de la production globale.

Adrià Budry Carbó
LE TEMPS

 



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