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Montres et magnétisme : attractives répulsions (II)
 
Le 06-10-2017

Depuis toujours, les horlogers ont tenté de protéger leurs montres des rayonnements magnétiques. Au fil des progrès scientifiques, certains visionnaires ont même tenté d’en dompter les effets pour en faire profiter leurs créations. L’occasion de faire passer un petit IRM au secteur pour saisir combien l’aimantation est attirante…

Si l’avènement de la montre à quartz à l’aube des années 1970 a rapidement conquis une jeunesse en quête de modernité, il n’en a pas moins laminé le tissu industriel horloger. Une fois la crise passée, cet univers de tradition a dû se recomposer pendant plusieurs années avant de retrouver son rythme de croisière. C’est alors que les amateurs se sont penchés sur les produits vintage… Un intérêt qui s’est inévitablement porté sur les montres techniques et antimagnétiques aussi rares qu’utiles dans un monde de plus en plus soumis au rayonnement électromagnétique au quotidien. Pour saisir la balle au bond, IWC devait relancer en 2004 la première série des Ingénieurs réalisées en partenariat avec AMG (leur cage en fer doux a été supprimée ultérieurement). En 2007, la maison Rolex revisitait sa fameuse Oyster Perpetual Milgauss, disparue du catalogue depuis 1988, que bien des ingénieurs - dont ceux du Cern - ont portée. Et en 2017, à l’occasion des 60 ans du lancement de sa fameuse trilogie Seamaster 300, Railmaster et Speedmaster, Omega a une fois de plus remis un coup de projecteur sur l’antimagnétisme. Pour le coup, la marque a franchi le cap d’une décimale avec un calibre Master Chronometer Co-Axial qui affiche une résistance à des champs allant non plus jusqu’à 1 500 gauss, ce qui est déjà bien, mais au-delà de 15 000 gauss, soit la puissance d’un IRM (imagerie à rayonnement magnétique).

Selon le Swatch Group, que l’on sait très attaché au développement de mouvements amagnétiques, cet intérêt prend tout son sens quand on connaît le nombre de montres traitées au service après-vente pour des problèmes de magnétisation, soit 15 % du total selon les déclarations de Jean-Claude Monachon, Vice-président d’Omega et responsable du développement produit, lors de la présentation de la Seamaster Aquaterra Amagnétique en 2013 à Genève. Il en profitait pour rappeler que, selon la Norme industrielle et horlogère suisse (NIHS), une montre mécanique contemporaine doit résister à une intensité de 75 gauss pour être considérée comme antimagnétique. Une résistance exigée notamment pour les montres de plongée qui doivent répondre à la norme ISO 764, elle-même dépendante de la norme ISO 6425 stipulant qu’un instrument horloger destiné à accompagner les plongeurs doit être antimagnétique.

Oser des fonctions magnétiques

Depuis les années 1930, le monde moderne a vu croître en flèche le nombre de produits électriques et par extension de tous ceux faisant appel aux forces magnétiques pour fonctionner. Les marques horlogères doivent donc aujourd’hui composer avec les rayonnements émis par les portiques d’aéroport, les téléphones portables, les boutons aimantés des sacs à main, les jouets d’enfants, les portes de frigidaire… Face à ces champs d’intensité croissante, une résistance à 75 gauss semble parfaitement dérisoire. Pour contrer ces débordements magnétiques, les marques qui ont révisé leurs seuils à la hausse sont de plus en plus nombreuses. À l’instar d’Officine Panerai, qui propose avec sa Luminor Submersible 1950 Amagnetic 3 Days Automatic Titanio 47 mm une pièce faite pour résister à tous les champs rencontrés par des professionnels des fonds marins. Depuis, la concurrence s’organise en proposant notamment des instruments équipés de composants stratégiques en silicium. Dernier exemple en date : Zenith avec le lancement récent de la Zenith Defy Lab, dont l’échappement innovant à haut rendement couplé à un balancier à faible oscillation est totalement amagnétique.

En attendant, certaines marques ne cherchent pas tant à se prémunir du magnétisme mais tendent au contraire à en exploiter les propriétés. Pour revenir loin dans le passé, on retiendra durant les années 1970 la première montre à diodes à affichage horaire sans la moindre pièce en mouvement proposée par Hamilton Pulsar. Pour les premières séries, le réglage de l’heure et du calendrier des modèles de 1972 référencés Pulsar 101-102 et 401 se faisait à l’aide d’un aimant apposé sur le fond du boîtier gravé « HR ». L’idée a été reprise par Breitling, qui lançait il y a quelques années le chronographe de plongée électronique Superocean Chronograph M2000 disposant de poussoirs fonctionnels sous l’eau qui agissent comme des contacteurs grâce aux aimants qu’ils contiennent.

D’autres maisons font également appel aux rayonnements magnétiques. Ainsi, Christophe Claret les utilise pour l’affichage de l’heure de sa montre X-Trem-1. Cette dernière fait appel à des aimants « baladeurs ». Grâce à leur rayonnement orienté, afin de ne pas affecter le mouvement, ils agissent sans connexion sur deux billes d’acier logées dans des tubes de saphir permettant d’indiquer l’heure et les minutes. Le plus étonnant : à la suite d’un choc violent, les billes désolidarisées de leur champ de rayonnement tombent au fond du tube pour mieux retrouver leur position horaire d’un simple mouvement du poignet.

On notera également parmi les produits exclusivement mécaniques exploitant les effets du magnétisme la montre Breguet Classique Chronométrie 7727 à haute fréquence (10 Hz). Traditionnelle dans son aspect, cette pièce se dote au niveau du groupe de régulation de contre-pivots magnétiques. Leur but : créer une sorte de gravité artificielle à l’aide des flux magnétiques permettant à l’axe de balancier, insensible aux positions de la montre, d’osciller dans des conditions de pivotement en permanence identiques, synonyme d’une meilleure chronométrie.

Exploiter la force d’un flux invisible

Le magnétisme peut ainsi affecter la chronométrie ou y contribuer, selon le mode d’application du champ de rayonnement. On sait par exemple que les montres à quartz comme la Longines Conquest VHP sont équipées d’un système de protection contre les dérives liées à la puissance des champs magnétiques. Ce qui n’est pas le cas des montres Kinetic analogiques, elles aussi régies par un rotor magnétique qui, couplé au stator excité électriquement, fait tourner le train de rouage. D’autres pièces horlogères exploitent également le champ électromagnétique pour fonctionner. C’est le cas de la montre Spring Drive de Seiko. Ce garde-temps révolutionnaire lancé en 2003 associe le meilleur de la mécanique au meilleur du quartz pour créer un échappement communément appelé « Tri Synchro ». Autrement dit, cet organe tourne à 28 800 rotations par heure et tient lieu de balancier, régulé par un électroaimant agissant sur l’axe du balancier comme le fait un frein magnétique de camion.

En 2015, Piaget a lancé au cœur de l’Emperador Coussin XL 700P un calibre du même type qui, alimenté par un barillet à ressort et un train de rouage, fait fonctionner une génératrice, autrement dit un électroaimant. Ce dernier, capable de générer de l’électricité pour exciter un cristal de quartz, régule le dévidement de la génératrice en agissant sur son arbre au rythme exact et constant de 5,33 tours par seconde.

S’il est vrai que les horlogers ont toujours craint le magnétisme, ils n’en ont pas moins été souvent fascinés par les possibilités offertes par cette force invisible. On l’a vu chez TAG Heuer, qui, en 2013, a mis au point un oscillateur magnétique pour son chronographe Mikropendulum. Dans le cas précis de cet instrument, le choix a été fait de travailler avec un organe réglant à haut rendement, car les aimants, très sensibles à la température, sont par définition très instables.

L’avenir dira si cette voie est prometteuse ou non. Il n’en demeure pas moins que l’augmentation croissante des rayonnements magnétiques, liés notamment à l’entrée en scène des voitures électriques, est un problème à prendre au sérieux. Si, jusqu’ici, les horlogers ont réagi à des vitesses variables, ils ont certainement saisi toute l’importance de gérer ces flux, voire de les exploiter à bon escient.

Par Vincent Daveau
journal.hautehorlogerie.org

 



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