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Google part à l’assaut de la Watch Valley
 
Le 14-09-2017

De plus en plus d’horlogers utilisent le système d’exploitation Android Wear, de Google. A l’image du marché des smartphones, celui des montres connectées se dirige vers une division Google/Apple. En Suisse, certains fabricants résistent

Du lac des Quatre-Cantons aux gratte-ciel londoniens. En mars dernier, à deux jours d’intervalle, le vice-président d’Android Engineering chez Google David Singleton participait coup sur coup à deux événements d’importance pour les marques qui les organisaient. Le mardi, au centre de la Suisse, on l’apercevait aux côtés de Jean-Claude Biver pour présenter la nouvelle TAG Heuer connectée. Deux jours plus tard, mille kilomètres plus loin dans la capitale britannique, il s’installait aux côtés de Jérôme Lambert (alors patron de Montblanc) pour le lancement de la première smartwatch du groupe Richemont.

Deux groupes, deux marques, deux smartwatches et deux prix sensiblement différents (1600 francs pour la Carrera de TAG Heuer, 865 pour la Summit de Montblanc), mais un point commun: elles fonctionnent avec le même système d’exploitation, Android Wear, conçu par Google.

Un monde divisé en quatre

Depuis, David Singleton a certainement participé à d’autres présentations. Car Android Wear fait tourner les montres de Fossil, LG, Motorola, Asus, Huawei, Polar, Louis Vuitton (l’intéressé a même rédigé un post de blog sur ce sujet)… Selon les estimations du cabinet anglais Strategy Analytics, pour le deuxième trimestre 2017, le monde des smartwatches est aujourd’hui divisé en quatre: celles qui fonctionnent avec Watch OS (les montres d’Apple, 51% de parts de marché), Android Wear (24%), Tizen (les montres de Samsung, 13%) et les indépendants (12%). Les stratégies commerciales varient: Apple (qui a présenté mardi sa troisième génération de montres) et Samsung ne réservent leurs systèmes d’exploitation qu’à leurs propres produits alors que Google permet à qui le veut d’utiliser Android Wear.

Pour Neil Mawston, de Strategy Analytics, l’industrie des montres connectées est en train de traverser ce qu’a vécu l’industrie des smartphones il y a quelques années: «A terme, Apple et Google domineront le marché et il n’y aura plus de place pour les tiers.» L’analyste donne «entre cinq et dix ans» à Samsung pour abandonner Tizen et pronostique la mort rapide des indépendants.

Deux options pour les horlogers

«Soit nous approchons les horlogers, soit ce sont eux qui nous approchent, détaille Ryan Barnett, responsable des partenariats chez Android Wear. Nous nous efforçons de diversifier notre gamme pour que les utilisateurs puissent choisir le produit qui leur convient.» Il souligne que, pour les marques tierces, l’obtention d’une licence Android Wear est gratuite mais qu’il y a des exigences techniques minimales à respecter «pour s’assurer que les montres fonctionnent bien et que les applications comblent les attentes des utilisateurs».

Les marques horlogères qui souhaitent se lancer sur le segment des montres intelligentes n’ont guère le choix. Soit elles optent pour la licence de Google (gratuite puisque cela permet au géant californien de voir son bassin d’utilisateurs augmenter et ainsi de récolter davantage de données) soit elles se lancent dans la confection d’un système d’exploitation «maison».

Nous, les petits horlogers suisses, nous régatons contre des monstres
Guy Sémon, directeur général de TAG Heuer

Guy Sémon, directeur général de TAG Heuer, a étudié cette seconde option avant de signer avec Google. «Pour développer un système d’exploitation, il aurait fallu des dizaines d’ingénieurs informatiques et de sacrés moyens financiers, mais c’était jouable. Le plus gros problème serait venu après: l’absence de communauté…» En effet, pourquoi est-ce que des sociétés comme Uber, Netflix ou même les CFF déclineraient leurs applications pour des systèmes d’exploitation utilisés seulement par quelques milliers d’utilisateurs alors qu’ils sont déjà présents dans les magasins d’applications de Google et Apple? «C’est simple: nous, les petits horlogers suisses, nous régatons contre des monstres», constate Guy Sémon.

«Chacun préfère travailler dans son coin»

Certains tentent néanmoins l’expérience. Swatch Group, par exemple, développe avec le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) un «écosystème Swiss made unique pour les objets connectés» qui promet une autonomie vis-à-vis des «géants mondiaux des logiciels, essentiellement américains», selon un communiqué publié en début d’année. Mais impossible d’en savoir davantage avant le lancement prévu en 2018.

Du côté des montres «augmentées» de la marque Frédérique Constant – elles n’ont pas d’écrans mais leurs calibres quartz communiquent avec le smartphone –, on exploite un logiciel maison baptisé MMT. Douze ingénieurs planchent dessus en continu et le système compte cinq millions de lignes de programmation, énumère son actionnaire Peter Stas. «Nous voulions garder l’ADN suisse dans nos produits et ne pas faire des montres asiatiques qui tournent avec des logiciels américains», résume-t-il.

Aujourd’hui, MMT a été vendu à des marques tierces comme Movado ou Mondaine et équipe, en tout, environ 100 000 montres. Mais cela ne suffira pas, à long terme, pour assurer la pérennité de l’entreprise. «J’ai proposé à plusieurs marques suisses d’utiliser MMT, et même d’en devenir actionnaire, mais chacun préfère travailler dans son coin», regrette Peter Stas.

Google n’est pas Swatch Group

Toutes les smartwatches qui ne sont pas fabriquées par Apple vont-elles fonctionner, à terme, avec le même système d’exploitation? Dans le fond, l’horlogerie a déjà connu une situation similaire, puisque, durant des années, Swatch Group a fourni des calibres mécaniques à quantité de marques différentes. «Ce n’est pas la même chose, rétorque Peter Stas. Car l’utilisateur d’une smartwatch est en contact direct avec l’interface du système d’exploitation alors que, dans le cas des montres mécaniques, il ne voyait parfois même pas le mouvement.»

Néanmoins, si les pronostics se confirment, les géants américano-asiatiques ne laisseront guère de place à la Suisse sur le terrain du logiciel. A en croire Guy Sémon de TAG Heuer, la partie se jouera donc sur le matériel. «Notre montre est étanche, sa batterie tient mieux que ses concurrents, le nombre de pixels y est plus important… C’est sur ces points-là que nous avons une carte à jouer.»

Valère Gogniat
LE TEMPS

 



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