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Le franc fort: une histoire longue, mais peut-être pas éternelle
 
Le 26-07-2017

Le franc suisse est une monnaie forte. Si forte que la banque centrale helvétique doit s'engager quotidiennement dans la guerre des devises. Elle a même dû adopter des stratégies non conventionnelles et un régime controversé de taux négatifs. Le franc est musclé depuis des décennies contre presque toutes les devises, mais plus significativement pour notre économie contre l'euro dès janvier 2015.

Les acteurs économiques suisses, entreprises, particuliers et investisseurs institutionnels ont fini par s'en faire une raison, s'y habituer et même, pour certains, en tirer avantage. Ces mêmes acteurs ont mis en place des structures financières, des modèles d'affaires, des allocations stratégiques de portefeuilles qui postulent une perpétuation de la force de la monnaie suisse.

Il est légitime, quelles que soient l'affection et l'admiration que l'on porte à son pays, de s'interroger sur la durabilité de ce phénomène.

Les raisons de la puissance du franc suisse sont nombreuses et nous n'en citerons que quelques-unes ici: stabilité politique, neutralité, défense crédible, densité du tissu entrepreneurial, vigueur des exportations, discipline budgétaire publique... Ces nombreux atouts sont opérants depuis les années 70, voire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils permettent aussi à la Suisse de tenir la tête de nombreux classements d'efficience (WEF, IMD, etc.) et d'être notée AAA par les agences.

Une monnaie forte est supportable par une économie sophistiquée. La plupart des produits d'exportation ont des valeurs ajoutées élevées et de bons taux de marge brute qui permettent de résorber le désavantage du taux de change. Le tourisme cherche à tendre vers le haut de gamme pour les mêmes raisons. Sur le plan des importations, la facture des biens de base comme l'énergie, l'alimentation ou les matériaux de construction est vertueusement atténuée.

La banque centrale ne peut renverser à elle seule cette conviction actuelle et installée des marchés pour le franc lourd. Tout au plus peut-elle tenter de corriger les excès et amoindrir les pics afin de rechercher une certaine stabilité des parités. Notre propos n'est pas de commenter l'efficience de cette navigation tactique, mais plutôt de rappeler aux investisseurs et entrepreneurs que le décor dont ils ont pris l'habitude est peut-être moins stable qu'ils ne l'imaginent.

Le franc fort est aussi vulnérable. La force d'une monnaie est aussi le reflet de la puissance du pays émetteur. De sa taille, de son influence politique, de ses ressources naturelles. La Suisse fait figure de naine, avec ses 8.4 millions d'habitants, sa superficie de 41'000 km2, son tiers de territoire incultivable, son absence de ressources pétrolières, d'armement nucléaire ou d'accès à la mer... Cette faible assise géopolitique pourrait se retourner contre le franc suisse et sa modeste masse monétaire si certains événements se produisaient. Des occurrences, semblables à la théorie des "cygnes noirs", exceptionnelles dans leur probabilité, mais virulentes dans leurs effets. Seule l'imagination constitue une limite aux scénarios envisageables. Impraticabilité d'une partie du territoire suite à un incident industriel (atome, chimie) ou biologique (pandémie), forte accentuation du protectionnisme dans le monde, panne informatique nationale, blocus économique ciblé de l'Union européenne ou encore conflit dans l'est européen avec risque d'extension à l'ouest. En quelques secondes et pour la durée de la crise, le franc pourrait se voir dévalorisé substantiellement sur le marché des changes.

Toute gestion de portefeuille de titres devrait prendre en considération ce type d'hypothèses et plutôt que surpondérer le franc, véritable sport national1 , elle devrait s'assurer d'une diversification significative en devises. Réduire le risque théorique sur le franc suisse peut aussi se réaliser par une stratégie de dérivés et d'options. De telles stratégies impliquent notamment un coût de volatilité. Il est, en valeur annualisée de 4% pour l'euro et de 6.80% pour le dollar. Il se justifie en raison des rendements attendus sur les placements en francs.

In fine, à moins que l'investisseur ait de bonnes raisons de favoriser une surexposition à une devise particulière, ses pondérations de change ne devraient pas trop s'éloigner de la proportionnalité naturelle des masses et des puissances des grandes monnaies au plan mondial, à savoir le dollar (42%), l'euro (32%), la livre (7%) et le yen (3%). Faisant ainsi acte de classicisme, il se mettrait en accord, avec le concept monétaire triangulaire "un territoire, un gouvernement, une monnaie". Un concept qui postule une corrélation importante entre la force d'une monnaie et la puissance de son "batteur"...

*CEO de la BCGE
www.zonebourse.com

 



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