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Sur les pistes d’une montre connectée 100% suisse
 
Le 18-01-2017

Il faut se battre pour que les produits soient construits dans notre pays, mais, pour cela, il faut que nos ingénieurs continuent de sortir des innovations disruptives

Pour marquer le coup dans le cadre du salon de la haute horlogerie (SIHH), la marque de montre suisse H. Moser & Cie vient de réaliser un buzz en fabriquant une montre en fromage d’une valeur de plus de un million de francs. Par ce modèle fantaisiste, l’horloger entend interpeller l’opinion sur le label Swiss made qui, selon lui, est trop laxiste et ce, malgré la nouvelle loi.

La montre en fromage

En effet, depuis le 1er janvier, les objets produits par les horlogers doivent comporter 60% de composants produits en Suisse pour bénéficier du label «Swiss Made» (pour rappel, seule la moitié suffisait auparavant). La montre en fromage qui est une ressource naturelle 100% suisse tourne en dérision le fait que certaines marques – qui bénéficient du label – ne s’imposent pas l’intégralité de leurs composants fabriqués en Suisse… Transposée à la montre connectée, cette question prend un tout autre aspect.

La question n’est plus simplement de savoir si la marque fait des efforts pour créer des emplois en Suisse, mais si elle a le savoir-faire technologique pour construire dans le pays le produit et avec quelle valeur ajoutée.

Trois leaders non Suisses

Cela fait maintenant quelques années que ce sujet est abordé sans que l’on n’ait vraiment proposé de solutions. Pendant ce temps trois grands acteurs se sont partagés le marché (Apple, Huawei, Samsung) et plus récemment, TAG Heuer, la marque horlogère réputée s’est lancée. Or, cette dernière, bien que plus chère, partage le même système d’exploitation que les deux autres et ne porte pas à ce jour le logo Swiss made.

Un pays innovant comme le nôtre est-il en mesure de créer l’intégralité d’une interface connectée, avec, d’une part, un hardware construit dans nos usines, mais, également un système d’exploitation et des applications conçues et développées par nos ingénieurs? Pour réussir cette prouesse, il ne faut pas seulement être innovant, cela nécessite également des moyens considérables. Aussi, avant de se lancer dans une telle entreprise, on doit s’interroger sur le vrai moteur de l’innovation.

Force est de constater alors que celui-ci ne peut pas être uniquement motivé par le cahier des charges de l’origine géographique des pièces qui composent la montre. Le made in Swiss ne fait sens que parce qu’il vient estampiller un effort de qualité et d’innovation. C’est donc ce dernier qui doit être le centre de notre attention. En matière de montre connectée, l’enjeu pour les entreprises de notre pays est davantage de créer une montre connectée qui présente une véritable valeur ajoutée articulée à un usage disruptif.

Amener une réelle valeur ajoutée

Que sommes-nous capables d’apporter de plus, ou de mieux que les autres innovateurs qui travaillent partout à la montre connectée dans le monde? Un premier chantier se trouve dans l’amélioration des organes vitaux: comment rendre celle-ci plus performantes? Des pistes de réflexion ont été lancées: batterie avec autonomie plus longue, électronique plus performante avec de nouveaux capteurs… Sur toutes ces parties, nos ingénieurs sont attendus au tournant et doivent faire leurs preuves. Mais ces améliorations, d’ordre purement quantitatif, seront loin d’être suffisantes.

C’est au niveau de la créativité que les horlogers suisses doivent montrer ce qu’ils savent faire. Dans la compétition mondiale, la seule manière de se différencier par rapport à la montre connectée réside dans la capacité d’apporter l’exclusivité.

Les montres connectées Swiss-made devraient être dotées de fonctionnalités absolument différenciatrices. Une piste consisterait à développer des accessoires périphériques dont l’usage serait exclusivement réservé à un modèle de montre. On peut imaginer, par exemple, un capteur spécifique qui permettrait d’interagir avec une balle de golf pour donner des informations que seule la montre pourrait recevoir.

Pourquoi pas un capteur de température et d’humidité installé dans une cave à vin ou un humidor à cigare pour surveiller les conditions de stockages… La logique étant de créer des usages qui ne soient rendus possibles que par l’addition d’un capteur et d’une application spécifique et ce, sans passer par l’utilisation du téléphone pour bien renforcer l’utilité de la montre.

Inventer des fonctionnalités

L’invention de ces fonctionnalités permettrait ainsi de cibler les marchés de niche et donnerait un nouveau souffle à l’horlogerie suisse, sur ce qu’elle sait faire de mieux: satisfaire les désirs des clients en quête d’exclusivité et d’excellence. Un tel produit peut tout à fait voir le jour dans notre Silicon Valley locale. Faut-il rappeler que malgré sa petite taille notre pays arrive sixième au Top 100 Global Innovators Report qui vient juste de sortir.

Si on veut maintenir le prestige du Made In Swiss, bien évidemment, il faut se battre pour que les produits soient construits dans notre pays, mais, pour cela, il faut que nos ingénieurs continuent de sortir des innovations disruptives à la hauteur de celles qui, dans l’histoire, ont contribué à faire la réputation de notre savoir-faire local. Sinon viendra un jour où celui-ci n’aura plus de valeur et ce ne sera pas parce que 40% des composants des montres viendront d’autres contrées!

Antoine Lorotte, directeur de Five Co
LE TEMPS

 



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