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John Malkovich : « L'art contemporain est fait pour une société comme la nôtre où la vie est faci...
 
Le 10-10-2019

L'acteur américain de 65 ans, ami et partenaire de Richard Mille, était présent à Londres pour la foire d'art Frieze. Nous l'avons rencontré.

Pour la deuxième année consécutive, Richard Mille est partenaire de Frieze London, la foire d'art contemporain de la capitale britannique, et de Frieze Masters, sa sœur consacrée à un art plus classique. À l'instar du modèle imaginé en 2016 avec le street artiste Kongo, les montres de la manufacture sont pensées comme de grandes œuvres d'art à porter au poignet. Si Richard Mille ne profite pas de sa présence pour lancer de nouveaux modèles, il utilise néanmoins l'écrin de Frieze Masters pour mettre en exergue des thèmes qui lui sont chers, tels le confort, la précision, le poids ou la squelettisation. Avant-gardiste dans le développement de ses montres, Richard Mille l'est également dans le choix de ses partenaires, sélectionnés au gré des rencontres, « au feeling », pour reprendre l'expression de Theodore Diehl, le porte-parole de la marque. John Malkovich, qui incarnera le chef suprême de l'Église catholique dans le deuxième volet du Young Pope de Paolo Sorrentino, fait partie des amis de la marque. Dans un hôtel à deux pas de Piccadilly Circus, l'acteur féru d'art nous reçoit dans sa suite, habillé d'un élégant costume bleu et de sa RM67-01 en titane. Tous ses personnages emblématiques défilent sous nos yeux. Malkovich n'est pas un homme pressé. De sa voix traînante et profonde du Midwest, il nous fait signe de nous asseoir. Le calme l'entoure. Chaque question sera suivie d'un silence, d'un temps de réflexion pour trouver le mot juste.

Le Point : Au Steppenwolf Theatre Company, où vous avez entamé votre carrière, vous étiez à la fois acteur, metteur en scène, costumier, dramaturge, décorateur… Plusieurs décennies après, vous occupez toujours votre temps de diverses manières (vous êtes propriétaire d'une boîte de nuit, d'une ligne de vêtements, acteur, chanteur d'opéra…). Craignez-vous les temps perdus, l'oisiveté, l'ennui ?

John Malkovich : Non… (son regard dérive au loin, NDLR), pas vraiment. Je ne suis pas tout à fait un dramaturge, malgré l'adaptation de certaines choses que j'ai faite. Je n'aurais jamais imaginé faire toutes les choses que j'ai pu faire jusque-là. Vous savez, je viens d'une toute petite ville du Midwest dans l'Illinois. C'est juste arrivé, comme ça !

Au cinéma, vous semblez ne jamais être autant vous-même que dans un décor du XVIIIe siècle. Regrettez-vous de ne pas avoir vécu à cette époque ?

Non, surtout pas, la vie est beaucoup mieux maintenant. Peut-être pas maintenant, à l'instant même où nous parlons. Je pense que, des années 1960-1970 jusqu'à maintenant, ma vie fut bonne, et je ne regrette rien. Malgré notre société ultra-technologique, j'apprécie le mode de vie moderne.

Velvet Buzzsaw, dans lequel vous jouez le rôle d'un artiste en mal d'inspiration, tout comme The Square, il y a quelques années, font partie des rares réquisitoires contre cet « art du rien » que peut être l'art contemporain. Pourquoi dénoncer l'imposture de l'art contemporain constitue-t-il une insolence suprême aujourd'hui ?

L'art contemporain est fait pour une société occidentalisée comme la nôtre. Une société où la vie est facile, où l'on ne se pose pas trop de questions, où le concept de souffrance a disparu. À part ceux qui ont vécu dans les années 1930 et 1940 ou avant, nous ne savons plus ce qu'est la souffrance. Dire que l'art contemporain devrait soulever de vraies problématiques, des interrogations utiles aux générations présentes et futures, ne me semble pas relever de l'insolence.

Que dit l'art contemporain de notre société ?

Vaste question ! Je crois qu'il est surtout fait pour attirer de l'attention sur soi-même. Certains pourront dire que, bien avant l'art contemporain, Salvador Dali inventa un genre d'art narcissique, et que nous continuons de porter cette facette depuis, mais je pense qu'aujourd'hui cela va plus loin. Tout l'art contemporain en général est gangrené par cet esprit narcissique teinté de mercantilisme. Mettez n'importe quelle personne devant La Ronde de nuit (tableau de Rembrandt au Rijksmuseum d'Amsterdam, NDLR) pendant une heure. La personne comprendra et ressentira quelque chose très rapidement. Vous ne pourrez pas vous en détacher aussi rapidement que d'une œuvre contemporaine.

Les esprits chagrins y voient une bulle spéculative pour personnages snobs, obsédés par l'argent et avides de signes extérieurs de richesse. Vous ralliez-vous à cette opinion ?

Je ne sais pas (il nous fixe longuement, NDLR). Évidemment, il y a une part de vérité dans ces propos, l'art contemporain est devenu un très bon investissement. La majorité des gens utilisent l'art contemporain pour spéculer. L'objectif est d'acheter une œuvre d'art tel montant et de réaliser une plus-value quelques années plus tard lorsque l'artiste meurt. C'est un marché !

Quels artistes, toutes époques confondues, placeriez-vous dans votre Olympe ?

J'aime énormément Rembrandt, Andrea Mantegna, Egon Schiele, ou Lucian Freud également. Je pourrais en citer tellement, mais ceux-là sont mes favoris. C'est injuste de ne citer que des maîtres et artistes anciens, mais vous ne pouvez pas ne pas apprécier une toile peinte par ces derniers. Je pense aussi à Diego Vélasquez, ou à Poussin ou à ses amis (il passe en français, NDLR).

Si vous deviez choisir un artiste afin d'interpréter un biopic. Lequel interpréteriez-vous ?

Malheureusement, je pense avoir beaucoup de point communs avec Dali, même si je crois être un peu plus puéril que lui (rires, NDLR). Mais, oui, je me verrais bien en Salvador Dali, pourquoi pas.

Êtes-vous collectionneur d'art contemporain ?

Un peu. Mais je ne collectionne pas vraiment d'art que l'on pourrait appeler contemporain aujourd'hui. J'ai quelques pièces contemporaines, mais l'art qui me touche le plus est l'art soviétique.

Une montre peut-elle être une œuvre d'art au même titre qu'une toile ?

Parfaitement. Nous ne sommes pas du tout sur le même médium de comparaison qu'avec une toile ou un dessin de maître. Mais l'horlogerie peut être fascinante. Ce sont en elles-mêmes des œuvres d'art miniatures, notamment en termes de design, de complications horlogères complexes. Toute la recherche et la science autour d'une montre font que celle-ci devient une œuvre d'art, oui.

Êtes-vous amateur d'horlogerie ?

Je ne suis pas grand connaisseur, collectionneur ou acheteur de montres. J'aime l'objet en tant que tel, et comme je l'ai dit précédemment, les complications et la recherche derrière un modèle sont extraordinaires.

Vous souvenez-vous de votre première montre ?

Si je me souviens bien, je n'ai pas récupéré la montre de mon père. Ma première femme m'a offert une vieille montre de poche que j'affectionne énormément. Celle dont je me souviens le plus cependant est une montre donnée par une très ancienne amie française à moi. Elle m'a offert une montre d'inspiration soviétique avec des détails exquis sur le cadran.

Quel modèle portez-vous aujourd'hui ?

Je porte une montre Richard Mille RM 67-01.

 



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