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Dans les entreprises, l'aubaine du franc faible va se faire attendre
 
Le 30-04-2018

Le retour de l’euro à 1,20 franc ne produit pas encore d'embellie spectaculaire. Mais à terme, les profits devraient rebondir, notamment dans le secteur touristique

Pour la première fois depuis janvier 2015, l’euro vaut 1,20 franc. Le taux de change redevient enfin favorable aux entreprises helvétiques, dont la compétitivité s’améliore automatiquement en zone euro, qui représente 54% des exportations totales. Pour autant, les groupes suisses présents à l’international ne sont pas en train de sabler le champagne.

Dans leur ensemble, les patrons font preuve de prudence – et ce n’est pas qu’une question de culture. D’abord, parce que pendant ces années de franc fort, ils se sont protégés du risque de change. Chez Bobst, le fabricant de machines d’emballage, «les transactions en devises étrangères sont couvertes, donc l’effet de la fluctuation sur nos résultats est atténué et quelque peu décalé dans le temps», dit Stefano Bianchi, trésorier du groupe et responsable des relations avec les investisseurs. Il faudra compter plusieurs mois avant d’en ressentir les effets.

Dans le secteur pharmaceutique, premier exportateur de Suisse, l’impact sur les ventes est également retardé, explique Giuseppe Melillo, porte-parole de Debiopharm, qui exporte surtout aux Etats-Unis et au Japon. «Les prix des médicaments sont fixés régulièrement avec les autorités de chaque pays. Ils ne sont pas modifiés aussi rapidement.»

Délocalisations

Ne serait-ce alors qu’une question de temps pour que surviennent les bénéfices d’un franc moins fort? La réponse n’est pas aussi simple. Car pour encaisser le choc du franc fort, les fleurons de l’économie helvétique ont délocalisé leurs usines, comme Bobst. Aujourd’hui, 70% de la production du groupe de Mex (VD) est fabriquée à l’étranger, notamment en Europe, mais aussi en Chine et au Brésil. Une stratégie qui permet à l’entreprise en mains familiales de vendre ses machines directement dans la monnaie locale.

L’augmentation des marges va servir à renflouer les caisses qui avaient été vidées ces dernières années. Cela pourrait stimuler les investissements, principalement en Suisse
Daniel Küng, Switzerland Global Entreprise

«Au cours des dernières années, nous avons considérablement réduit l’impact du cours euro/franc sur nos résultats», précise Stefano Bianchi. C’est encore plus le cas pour le conglomérat industriel ABB: «Nous avons des sites de production partout dans le monde et nous commercialisons ce que nous fabriquons sur place», précise son porte-parole, Jiri Paukert.

Switzerland Global Enterprise (S-GE) est un organisme officiel qui accompagne les PME suisses dans leurs stratégies d’exportation. Daniel Küng, son CEO, se réjouit du fait que leur moral n’ait jamais été aussi haut depuis 2010. Pour autant, il ne croit pas que la baisse du franc poussera les sociétés suisses à relocaliser leurs activités. «L’augmentation des marges va servir à renflouer les caisses qui avaient été vidées ces dernières années, estime-t-il. Cela pourrait stimuler les investissements, principalement en Suisse, dans l’innovation, la technologie ou le capital. En même temps, il y a une certaine volatilité des marchés – bien que les perspectives soient bonnes en ce moment, il n’est pas garanti que cette bouffée d’air frais dure toujours.»

Inflation importée

Bernard Rüeger, président du Conseil d’administration de Rüeger, une PME spécialisée dans les instruments de mesure de la température, n’oublie pas que pour pallier le franc fort, il s’est mis à acheter davantage de matières premières en euros. Pour ce matériel, il paie d’ores et déjà une facture plus élevée. «Une inflation importée qu’il ne faut pas négliger», insiste-t-il.

Enfin, pour compenser la baisse de l’euro, les entreprises helvétiques se sont tournées vers les marchés en dollars, notamment l’Asie. Ainsi, dans le secteur du tourisme, les hôtels ne constatent pas spécialement une augmentation des réservations. «Notre clientèle estivale vient essentiellement d’Asie et d’Inde», relève un hôtelier de la station vaudoise des Diablerets. Un avis que partage Olga Uliyanova, gestionnaire au Chalet RoyAlp Hôtel & Spa à Villars-sur-Ollon (VD). «Cette période d’entre-saison est très calme. Le nombre de réservations et de nuitées reste le même que l’année passée. L’influence des conditions météorologiques est plus considérable que le taux de change», dit-elle.

Eric Fassbind, à la tête de six hôtels à Lausanne et à Zurich, doute que l’été soit meilleur qu’attendu. «Quand le taux de change est en faveur du tourisme suisse, les clients mettent beaucoup de temps à s’en rendre compte.» Pour les touristes, la Suisse garde l’image d’un pays cher.

Marges supplémentaires

Du côté politique, il semble régner un enthousiasme qui tranche avec la réserve des patrons. Les taux de change, Jean-Nathanaël Karakash, conseiller d’Etat neuchâtelois socialiste chargé de l’économie, les suit de près, d’autant que le canton de Neuchâtel exporte deux fois plus que la moyenne suisse.

«Les entreprises qui ont survécu au franc fort sont celles qui ont réussi à devenir rentables avec un euro à 1,05 franc, dit-il. Donc, à 1,20 franc, ces sociétés, qui sont habituées à vivre avec une marge de 7 ou 8%, se retrouvent avec des marges bien plus importantes.»

Pour l’élu, ces entreprises ont désormais trois options: «Soit elles baissent leurs prix pour agresser les concurrents internationaux, soit elles augmentent les profits pour constituer un trésor de guerre, soit elles investissent pour prendre de l’avance sur le plan technologique. Mais dans tous les cas, elles sont gagnantes.»

Ghislaine Bloch
LE TEMPS

 



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