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Derrière le franc qui faiblit
 
Le 27-04-2018

Le franc suisse n'est plus si fort. C'est une bonne nouvelle. Mais cet affaiblissement doit aussi nous rappeler à quel point la Suisse est tributaire de la santé économique de ses voisins

Qu’on soit rivé à un moniteur de taux de change ou qu’on aille faire ses courses à l’étranger, ne pas le remarquer commence à être difficile: le franc n’est plus si élevé. Il a même franchi, momentanément, la barre symbolique de 1,20 franc pour 1 euro et pourrait continuer à s’affaiblir, rendant ainsi les exportations suisses meilleur marché.

La Banque nationale suisse (BNS) a-t-elle donc réussi son pari, un peu plus de trois ans après son abandon inattendu du taux plancher et l’introduction des taux négatifs? On pourrait être tenté de le croire.

La réalité est pourtant un peu plus complexe. Car l’affaiblissement du franc a davantage à voir avec la conjoncture européenne, qui s’est améliorée, qu’avec l’épouvantail BNS chassant les spéculateurs étrangers. Certes, elle a tout fait pour rendre le franc le moins séduisant possible. Mais, dans les faits, c’est l’euro qui remonte – on le voit face à presque toutes les monnaies – plus que le franc qui diminue.

Reprise de la conjoncture

Ne nous méprenons pas. Un franc plus faible est évidemment une bonne nouvelle pour l’économie suisse. Tandis qu’une appréciation rogne les marges, une dépréciation, comme c’est le cas en ce moment, avantage les entreprises. Il ne faudrait toutefois pas surestimer son importance.

De fait, le retour du franc au-dessus de la barre de 1,20 n’a pas rendu les entreprises euphoriques. On peut voir deux explications à leur réserve: soit ce niveau ne change pas fondamentalement la donne pour elles, soit elles sont focalisées sur la reprise de la conjoncture chez nos voisins. Soit les deux à la fois. Plusieurs études l’ont d’ailleurs démontré: c’est davantage la vigueur de la demande extérieure que la faiblesse du franc qui dicte l’épaisseur des carnets de commandes des entreprises.

Dans ce contexte, il est difficile de juger l’action de la BNS depuis la fin du taux plancher. Ses interventions à coups de milliards ont limité les dégâts, en réduisant la pression sur le franc et en modérant son appréciation. Mais l’évolution des derniers mois nous rappelle une réalité essentielle: à quel point la BNS – et avec elle toute l’économie suisse – est tributaire de la santé économique de nos voisins. Pour le meilleur et pour le pire.

Mathilde Farine
LE TEMPS

 



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