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Les stars du SMI entre tops et flops
 
Le 13-06-2018

Depuis sa création à l’été 1988, l’indice des valeurs vedettes de la Bourse suisse a subi des réformes qui témoignent des mutations engagées par les grandes entreprises helvétiques.

Adia? Elektrowatt? Ces sociétés sont aujourd’hui tombées dans l’oubli. Elles figuraient pourtant au sein du SMI (Swiss Market Index) lors de sa création le 30 juin 1988. A la fin du mois, l’indice des valeurs vedettes de la Bourse suisse fêtera ses 30 ans d’existence! Les modifications régulières de sa composition témoignent de la profonde mutation de l’économie du pays. A l’instar d’Adia, qui fusionne avec le français Ecco pour donner naissance à l’un des leaders mondiaux du travail temporaire Adecco, et d’Elektrowatt, dont les activités sont dissoutes au sein de deux géants mondiaux, de nombreuses autres entreprises du SMI subissent des transformations massives entre 1988 et 2018 (lire p. 14).

Dans la chimie-pharmacie, les deux multinationales bâloises Ciba-Geigy et Sandoz annoncent leur mariage en mars 1996 pour fonder Novartis. Objectif: parvenir à une taille critique suffisante afin d’affronter la concurrence. Cette branche procède également à plusieurs spin-off. Sandoz introduit en bourse (IPO) sa division chimique sous le nom de Clariant en 1995, puis Novartis fait de même une année plus tard avec Ciba Spécialités Chimiques. En 2000, c’est au tour de Roche de se concentrer sur la santé avec l’IPO de Givaudan (arômes et parfums). Et, la même année, Syngenta naît de la fusion des activités agrochimiques de Novartis et de l’anglo-suédoise AstraZeneca.

Dans les années 1990, la finance connaît aussi d’importants bouleversements. Croulant sous des créances douteuses pour un montant de 6 milliards de francs, la Banque Populaire Suisse (4e plus gros institut du pays) est absorbée par le CS Holding en 1993. Trois ans plus tard, celui-ci approche une Union de Banques Suisses déstabilisée par les attaques du financier Martin Ebner. Mais son patron Robert Studer refuse la proposition de fusion.

En 1997, il se tourne vers la Société de Banque Suisse. Après plusieurs semaines de tractations, les deux établissements décident de s’allier. Ils créent United Bank of Switzerland, qui deviendra UBS. De son côté, la compagnie d’assurances Winterthur change deux fois de propriétaires en moins de dix ans. En 1997, Martin Ebner empoche plusieurs centaines de millions de francs en revendant ses actions au CS Holding. En 2006, ce dernier cède à son tour sa part au groupe français AXA après avoir dû recapitaliser l’assureur à hauteur de deux milliards de francs.

Au cours de ces trente dernières années, une seule société a été épargnée par les turbulences: Nestlé. Elle n’a ni fusionné avec un concurrent, ni modifié son nom comme Holberbank (Holcim puis HolcimLafarge), Credit Suisse (CS Group), Zurich (Zurich Insurance), Hoffmann-La Roche (Roche), Réassurances (Swiss Re), ni été rachetée. En revanche, le numéro un mondial de l’alimentation a procédé à de nombreuses acquisitions à l’étranger. Entre 1987 et 2017, son chiffre d’affaires et son bénéfice net se sont envolés de 35 à 89 milliards de francs et de 1,8 à 7,2 milliards de francs.

La victoire des actionnaires

«L’évolution de la composition du SMI montre que les grands acteurs de l’économie helvétique ont adapté leur modèle d’affaires sur une période relativement courte comprise entre 1995 et 2000 pour prendre le train de la mondialisation et pour satisfaire leurs actionnaires sur le modèle anglo-saxon de la shareholder value», relève Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners.

Parallèlement aux opérations de fusions-acquisitions, les membres du SMI simplifient la structure de leur capital en supprimant les actions au porteur et/ou les bons de jouissance (à l’exception de Roche et de Swatch Group) pour ne conserver que l’action nominative. Désormais, une action = une voix. De même, une nouvelle législation leur permet de réduire la valeur nominale de leurs titres à 0,10 franc afin d’encourager les transactions boursières.

Des 20 firmes figurant à l’indice des valeurs vedettes en 1988, seules cinq y sont encore présentes: CS Group, Roche, Swiss Re, Zurich Insurance et Nestlé. On peut y ajouter cinq entreprises nées d’une fusion d’une ou de deux sociétés déjà cotées: Adecco, ABB, LafargeHolcim, Novartis et UBS Group. Au fil des ans, le SMI se renouvelle régulièrement avec l’arrivée de nouvelles stars qui montrent la capacité de l’économie suisse à se réformer. Après une dramatique descente aux enfers, l’horlogerie redevient une branche triomphante avec SMH, qui deviendra Swatch Group, et Richemont.

Figurant parmi les leaders mondiaux du sanitaire, de la chimie de la construction et de l’inspection, Geberit, Sika et SGS sont désormais des valeurs sûres de la bourse. «Je suis frappé par la résilience de la moitié des sociétés qui ont réussi à rester au SMI depuis sa création et par l’arrivée d’entreprises familiales comme Swatch Group ou Sika qui n’ont cessé de croître», affirme Paul Dembinski, professeur à l’Université de Fribourg, directeur de l’Observatoire de la finance et chroniqueur chez Bilan.

Si les profils des entreprises ont profondément changé en trente ans, le poids des branches économiques reste en revanche stable. Comme en 1988, deux d’entre elles représentent à elles seules la moitié du nombre des sociétés du SMI en 2018: la chimie-pharmacie, avec Roche, Novartis, Lonza et Sika, et les services financiers, avec CS Group, UBS, Julius Baer, Swiss Life, Swiss Re et Zurich Insurance. Actuellement, plus de la moitié de la capitalisation boursière est même détenue par trois sociétés: Nestlé, Novartis et Roche, dont le poids respectif est plafonné à 18%.

«Le SMI ne reflète pas la structure de l’économie helvétique qui est axée sur les PME. Il ne comprend par exemple pas non plus les valeurs du secteur des matières premières et du négoce qui jouent un rôle important», constate Maxime Botteron, économiste à Credit Suisse à Zurich. Et d’ajouter: «Le poids de Roche, Novartis et Nestlé dans cet indice est disproportionné par rapport à leurs activités en Suisse. Ces multinationales ne réalisent qu’une fraction de leur chiffre d’affaires dans notre pays.»

La surpondération des branches traditionnelles présentes au SMI contraste avec l’évolution de la composition de l’indice vedette de la Bourse américaine. Au Dow Jones, l’arrivée d’Apple, Cisco Systems, Intel et Microsoft marque l’émergence des nouvelles technologies qui révolutionnent les activités économiques.

De 1500 à 9616 points

Depuis sa création, les performances du SMI fluctuent au rythme des opérations d’acquisition-fusion, des déroutes d’entreprises et des crises financières et économiques. De 1500 points au 30 juin 1988, l’indice grimpe à 8489 points en été 1998. Il faut attendre 2007 pour que celui-ci puisse battre ce record, puis janvier de cette année pour qu’il atteigne un nouveau pic historique à 9616 points.

Selon SIX Swiss Exchange qui mesure l’évolution des valeurs du SMI depuis 1998, c’est Sika qui enregistre la croissance la plus forte au cours de ces vingt dernières années: de 313 francs en octobre de cette année-là, son action s’envole jusqu’à 8408 francs en janvier dernier (redescendue depuis à 7924 francs aujourd’hui). Givaudan, spin-off de Roche, surperforme également le SMI en se hissant de 545 francs lors de son IPO à 2327 francs au début de cette année. De leur côté, les titres d’UBS et de CS Group culminent à 75,5 francs et à 96 francs en 2007 avant de s’effondrer lourdement. Les deux grandes banques touchent le fond à 8,2 francs en mars 2009 pour UBS et à 9,75 francs en été 2016 pour CS Group.

Pour les actionnaires, la bourse n’est jamais un fleuve tranquille!

PAR JEAN-PHILIPPE BUCHS
BILAN

 



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